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28/01/2018

Mouna Aguigui

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Aguigui Mouna...

anarchiste et philosophe de l'absurde...

 

 

 

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Un maître à penser ... Diogène des rues des années 60 ...

Quel « Mensch », un véritable provo, un agitateur (non édulcoré) d'idées. Le chéri des "éstudiantes" et le copain des étudiants (anars ou pas) pré et post Mai 68.

 

 

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Mouna Aguigui , clochard, philosophe, orateur de rues, candidat (éphémère) à quatre élections présidentielles.

Cavanna disait qu’il était "une manif à lui tout seul." Dernier amuseur public de Paris

 

 

 

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Durant quatre décennies, ce personnage délirant, pacifique, écologiste avant l'heure et maître de l'absurde, a sillonné les rues de Paris, haranguant les passants. Toute personne qui a croisé sa route ne peut oublier son cri de guerre : "Hihi ! Aguigui, Aguigui à gogo, mais pas gaga, Aguigui Mouna, Aguigui Mouna ! "

 

 

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Ce philosophe des rues, était le fou qui dit la vérité.

"Mouna, il fallait le voir, perché sur une poubelle face au Centre Pompidou, lancer à la foule ses slogans antimilitaristes, et écologistes :

"La grossesse à 6 mois ! »

« La retraite à 15 ans !"

"Riez et vous serez sauvé !"

"Les valeurs morales ne sont pas cotées en Bourse."

"Mieux vaut être actif aujourd'hui que radioactif demain."

"On vit peu, mais on meurt longtemps."

 

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Journal anti-robot

Il vendait également un petit journal, le Mouna Frères, qui rassemblait ses pensées.

"Le Mou'nana pour les soeurs ! Le journal anti-robot."

Subitement, il saisissait le combiné de son téléphone rouge pour répondre à un coup de fil de l'Élysée ou encore de la Maison-Blanche.

Puis à la fin de ses discours incitant à la liberté, à l'écologie, il jetait des graines à, ses auditeurs en leur conseillant d' "en prendre de la graine".

 

 

 

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De son vrai nom, André Dupont, il voit le jour le 1er octobre 1911, en Savoie, dans une famille de paysans pauvres.

Il s'engage dans la marine en 1928, où, déjà, sa grande gueule lui vaut quelques ennuis. Il ne rempile pas, devient valet de chambre dans un hôtel de Nice, puis barman. Il s'amuse, court les filles, sa conscience politique est encore endormie.

 

Suit alors, entre Marseille et Nice, un parcours chaotique jalonné de jobs dans des hôtels, des restaurants ou des boîtes de nuit.

 

 

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L'année 1936 passe sans l'éveiller.

Il se marie en 39. Mobilisé, il revient de la drôle de guerre pour ouvrir un restaurant à Paris.

Il quitte sa femme qui le trompe, s'en trouve une autre.

Le jour de la Libération, il découvre le rôle joué par les communistes dans la Résistance et adhère au PC illico.

Pour ceux qui l'ont connu plus tard, c'est difficile d'y croire : celui qui n'est pas encore Mouna, mais seulement André, devient un militant pur et dur. Il se plonge dans Le capital, il vend L'Huma.

 

 

Dupont déprime

Ce temps béni des cocos ne dure pas. Redescendu à Nice, où il tient une pension de famille, il est bientôt exclu du parti pour une histoire de vaudeville dont il est la victime.

 

Ce n'est pas la joie pour notre Dupont qui déprime.

À quoi sert de vivre dans ce monde absurde ? À quoi sert la vie, l'amour ?

 

 

Il se morfond jusqu'à ce jour de 1951 où Antonio l'Argentin pénètre dans son établissement.

C'est un peintre misérable, borgne et délirant qui multiplie les facéties absurdes pour dénoncer la religion et l'autorité.

Pour André Dupont, c'est une illumination.

Désormais, lui aussi dénoncera l'absurdité de ce monde.

"On devient gaga, complètement gaga, fini, usé, terminé... gaga, agaga, agogo, gogo, agag, aguigui.. aguigui !"

André Dupont est mort.

Vive Mouna Aguigui !

 

 

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Il fonde le club des aguiguistes, censé apporter gaieté, joie et optimisme.

Découvrant la photographie d'Einstein tirant la langue, il lui écrit pour lui proposer la présidence d'honneur de son club.

Le grand savant lui répond : "N'hésitez pas à accrocher dans votre restaurant mon portrait qui, du reste, illustre bien mes convictions politiques."

 

 

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Chaque nuit de Noël, il se poste devant Notre-Dame de Paris à la sortie de la messe. Il interpelle ceux qui sortent : " Priez moins, aimez plus ! "

Progressivement, il se met à hurler en gesticulant : " Partout, on tue, la boucherie avec la bénédiction du pape ! "

On essaie de le faire taire : "Cette nuit, y' en a qui ont faim, qui sont dans la misère, qui se font exploiter par leurs patrons... où ils sont les patrons ?

À la messe ? Ils ont pas honte ?"

 

 

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Mouna contre "le rouquin"

Survient alors Mai 68, et une grande mésentente avec les étudiants.

Le chantre de la paix et de la bouffonnerie n'amuse pas les jeunes révolutionnaires qui rêvent d'en découdre. "Le bouffon ne fait plus rire.

Tout commence lors du sit-in du 9 mai, boulevard Saint-Germain. Quand il réclame la parole, Daniel Cohn-Bendit le rembarre : "Non, pas de folklore."

Il écume de colère : "Empêcher quelqu'un de s'exprimer, vous appelez ça la liberté ?" Mouna n'appréciera jamais "le rouquin", comme il l'appelait.

 

Au cours des évènements, on le voit souvent s'interposer entre les policiers et les étudiants. Disant aux premiers : "Que vos grenades lacrymogènes se transforment en fleurs." Et aux deuxièmes : "Que vos pavés se métamorphosent en bouquets." Mais ce langage pacifique semble suspect aux étudiants qui le traitent de "traître", de "sale humaniste". Certains le pensent même indic des flics ! Absurdité.

 

 

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Quartier latin, poussant son drôle de vélo, multipliant les harangues et les prédications pacifiques. Il prend part à toutes les manifestations alternatives.

 

 

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Il prône l'écologie, dénonce la voiture, honnit la société de consommation. "Les mass media rendent les masses médiocres", J'irai cracher sur vos bombes !"

 

 

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"C’est en parlant haut qu’on devient haut-parleur !"

"Mieux vaut être actif aujourd’hui que radioactif demain !" "Aimez-vous les uns sur les autres !" "Des trottoirs, pas des crottoirs !" À l’évidence, le "cyclodidacte" Aguigui Mouna, militant convaincu de la "vélorution" et antimilitariste viscéral, avait le sens de la formule. Petit rappel historique pour ceux qui n’ont pas connu ce trublion anarcho-utopiste, cet indigné permanent, ce tribun des rues et des restos-U dont la mémoire reste bien vivante au cœur du Quartier Latin.

 

 

 

Aguigui Mouna décède le 8 mai 1999, d'une crise cardiaque ,il était membre, entre autres, de SOS Racisme, du MRAP, de la Ligue des Droits de l’Homme et de Greenpeace.

 

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Bref, c’est un citoyen du monde, ami de l’abbé Pierre et de Théodore Monod, mais aussi de Cavanna et de Cabu.

Un poète de l’utopie, un combattant de l’absurde qui disparaît, parti sur son triporteur à l’assaut des moulins à vent intergalactiques, comme il encercla naguère avec quelques amis juchés sur des pédalos un cuirassé américain dans la rade de Golfe Juan. Reconnaissons-le, le temps joue pour lui ; car comme il se plaisait-il à le dire : "On vit peu, mais on meurt longtemps !"

 

 

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Ecoutez Mouna :

 

https://www.youtube.com/watch?v=_8TI3w_DnBk

 

 

« A présent les anciens étudiants de Mai 68 siègent dans les Conseils d'administration, les fonctionnaires lanceurs de pavés sont repus et manifestent pour exiger toujours davantage, la France syndicale devenue négrière défend son bout de gras en exploitant sans vergogne les immigrés et les lycéens abrutis de musique débile, gavés de saloperies industrielles font de la mauvaise graisse vautrés devant leurs consoles. »

 

Un jour d'inauguration, à genoux devant l'entrée du Salon du Livre, il traçait sur le bitume à l'aide d'une craie blanche prolongée d'une plume de paon, les mots: « Moi aussi, je craie ! »

 

 

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12:35 Écrit par GéGé-one | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

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